Et puis un jour, « A Milli »

Et ça a changé le Rap pour toujours.

J’aurai pu m’arrêter sur cette première phrase, mais je vous vois, ceux qui ne partagent pas mon point de vue, et qui avez tort – du coup.

Petite précision avant de commencer: A Milli n’est pas ma chanson préférée de Weezy, et je serai incapable de vous en sortir une parmi toutes celles sortie par le petit prince du rap. Ca fera l’objet d’un top 5 bien subjectif que je garde pour plus tard, et même dans ce top 5 je suis pas sûr d’y mettre cette chanson.


Passons sur cette précision.
A Milli est une chanson qui, pour moi à l’époque, aurait du être sur une mixtape. Que fait-elle dans ce disque, un peu tâche dans ce Carter III tant attendu ? Pourquoi en faire un single ?
Un beat simple de Bangladesh, une structure inexistante – j’entends par là qu’il n’y a pas de refrain -, juste du rap.
Le clip est parlant, il est shooté rapidement, alors que Wayne se prépare pour le tournage de Got Money avec T-Pain.
J’imagine Wayne avoir fait ce morceau dans le même état d’esprit, enregistrée entre 2 autres chansons, rapidement.

Through the pencil, and leak on the sheet of the tablet in my mind
‘Cause I don’t write shit, ‘cause I ain’t got time


Et, comme souvent dans le rap -et dans d’autres spécialités aussi je suppose-, le premier jet confine au génie.
Lil ‘Wayne est au sommet quand il l’enregistre, son album n’est pas encore sorti, mais tout le monde prédit un ras-de-marée.
Les images se juxtaposant dans sa tête, il n’a plus qu’à les interpréter au micro, comme une écriture automatique. Il n’a qu’à lancer la première phrase et tout s’enchaine, pas besoin de réfléchir plus loin que cet amorce de morceau.
Les phrases lui viennent sans qu’il n’ait besoin de s’y attarder. C’est une avalanche de punchlines. Toutes plus folles les unes que les autres, comme si il avait trouvé une source et qu’il allait continuer indéfiniment.
Cette impression de flot continuel est exacerbé par le beat, un sample hyper court en boucle, avec seulement des variations de rythmiques.

Le plus incroyable est la sensation à la fin de la chanson.
Certes, les punchlines prisent séparément n’obéissent à aucune logique.
Certes, on est loin d’un story-telling comme d’autres pourraient le faire.
Mais à la fin, toutes les punchlines éparpillées sur la toile forment un tableau. Et quel tableau: la quintessence du « style Wayne ».
Cette écriture qui a changé le rap, ces phrases imagées, ce génie constant et nonchalant, et une interprétation qui enfonce ou oublie les syllabes pour magnifier le propos.
Ce génie, je l’ai retrouvé, mais en un peu réchauffé dans 6 Foot 7 Foot.
Mais il était déjà bien présent dans ses mixtapes précédentes, il suffit d’écouter Ride 4 My Niggas pour s’en convaincre.

Il n’a pas accouché d’une simple chanson, mais de tout un pan de rap.
Regardez et écoutez tous les rappeurs du moment, ce sont ses enfants.
Malheureusement certains ne gardent que le côté nonchalant et oublient un peu vite qu’il ne peut doit être qu’au service du génie derrière.

Cette mélopée marque le climax de la carrière du messie, mais aussi celle de l’entrée en force des mixtapes dans un paysage musical qui ne jurait que par les albums et des singles.
On peut désormais vivre en tant que rappeur aux U.S. en ne sortant que de bonne mixtapes (il faut remercier internet aussi).
Avec un morceaux comme ça dans son album « phare » (en terme de ventes einh, pas de qualité), il montre au monde ce qu’il sait faire de mieux, loin des clichés tubesques nécessaires pour vendre un album.
Il fait un pont avec ses mixtapes d’alors, dans lesquels il dévoile une imagerie et une folie plus libre que dans ses albums studio.

La période Carter II / pré Carter III (je n’utilise plus le calendrier grégorien) aura été pour moi la meilleure de l’histoire du rap, et c’est grâce à lui.

{JE ME LA PETE}
Je l’ai vu au Bataclan en 2007 il me semble, quelques mois avant le Carter 3, et déjà il ne touchait plus terre. Il a fait son entrée sur Make It Rain, qui était son plus gros tube à cette époque. J’en ai encore des frissons en y pensant. Je me souviens m’être dit « Mais comment il peut commencer avec Make It Rain, alors qu’on attend les gros tubes en fin de concert ».
Mais le voir courir partout, se coucher sur la scène, hurler, se donner comme si c’était le concert le plus important qu’il ait donné, puis ramener Birdman m’a convaincu qu’il n’avait même pas besoin de jouer des hits pour convaincre l’audience.
Ca reste à ce jour un des meilleurs concerts que j’ai vu, avec At The Drive In, mais c’est une autre histoire.
Je l’ai revu 2 ans plus tard à Washington avec Young Jeezy et Soulja Boy en première partie, c’était une superstar là-bas. Et le truc était trop bien rodé -et j’étais beaucoup trop loin de la scène- pour y apercevoir la fraicheur du concert parisien. Après c’est peut être comme tout le reste, la deuxième fois on est déjà blasé.
{/JE ME LA PETE}

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